68% des Français n'utilisent aucun système de budget.
C'est le chiffre qui m'a sauté aux yeux en parcourant une étude de la Banque de France publiée en 2024 sur l'éducation financière du grand public.
Pourtant, on y apprend aussi que les Français sont relativement bien informés en matière de finances. Ils sont prudents, privilégient les placements sûrs et restent très portés sur l'épargne. D'après l'enquête de l'OCDE coordonnée par la Banque de France, 80% déclarent avoir épargné ou investi en 2023.
Autrement dit : on épargne, mais sans cadre. On gère à l'instinct.
Pourquoi autant de gens n'ont aucun système
Pourquoi des gens informés, prudents, qui épargnent, n'ont-ils aucun cadre pour gérer leur argent ?
Je vois deux raisons principales.
La première, c'est la paresse. Mettre en place un budget semble compliqué, chronophage, contraignant. Et puis on a autre chose à faire de sa vie que de catégoriser ses dépenses.
La seconde, plus profonde, c'est l'absence d'objectifs financiers clairs. D'après l'enquête, moins de la moitié des Français se fixent des objectifs financiers à long terme.
Quand on n'a pas d'objectif, on ne met pas de système en place. Quand on en a un, on s'organise.
Le budget comme outil de pilotage
Mon objectif personnel est simple à formuler : atteindre l'indépendance financière.
Concrètement, ça veut dire accumuler du capital, vivre de manière frugale et réduire ma dépendance au salaire.
À partir du moment où cet objectif est posé, le budget n'est plus un outil de contrôle. Il devient un levier.
Il ne s'agit plus de faire face aux dépenses, mais de faire bon usage de l'argent disponible. Avec une cible claire : dégager de la trésorerie.
La vision classique du budget est défensive
La conception la plus répandue du budget repose sur une logique simple. On réserve de l'argent pour les dépenses prévues et imprévues. On anticipe les charges. On cherche à éviter les mauvaises surprises.
C'est de la prévoyance. Une logique défensive.
Dans cette logique, on part implicitement des dépenses. On s'organise autour de la consommation. Et on voit ensuite ce qu'on peut mettre de côté.
Le calcul ressemble à ça :
Revenus - Dépenses = Épargne
Quand on a des objectifs financiers, ce raisonnement montre vite ses limites. L'épargne devient une variable d'ajustement. Ce qui reste à la fin du mois, si jamais il reste quelque chose.
Changer le point de départ
Quand on vise un objectif précis, le point de départ n'est plus la dépense. C'est l'épargne.
On décide d'abord combien on veut mettre de côté. Puis les dépenses s'adaptent.
Le calcul devient :
Revenus - Épargne = Dépenses
C'est ce qu'on appelle se payer en premier
.
Et non, se payer ne veut pas dire faire chauffer la carte bancaire au centre commercial. Se payer, c'est préparer son avenir.
Dans ce modèle, l'épargne n'est plus ce qui reste. C'est une contrainte volontaire. Un prélèvement automatique en début de mois, avant même de dépenser. C'est la parade à la loi de Parkinson : sans ça, les dépenses gonflent naturellement pour absorber tout ce qui est disponible.
Pourquoi le budget par enveloppes ne marche pas
Beaucoup de méthodes de budget reposent sur des enveloppes. Un montant par poste de dépense. Avec un suivi très fin.
C'est trop contraignant. Et au fond, pas très utile.
D'après l'étude, 88% des Français savent approximativement combien ils dépensent. Autrement dit, la plupart connaissent déjà leurs points faibles : trop de petits plaisirs par-ci, des charges fixes qui pèsent lourd par-là.
Ce niveau de micro-optimisation n'intéresse pas grand monde. Moi le premier. Je n'ai pas envie de savoir que j'ai dépensé 47,32€ en cafés ce mois-ci. Ce que je veux savoir, c'est si je respecte l'équilibre général.
Le problème n'est pas de mieux catégoriser. C'est de ne pas avoir de vision d'ensemble.
Le 50/30/20 : une réponse à la flemme
Elizabeth Warren a popularisé la règle 50/30/20 en 2005. Le principe est simple : 50% pour les besoins (loyer, factures, transport, alimentation), 30% pour les envies (loisirs, sorties, abonnements), 20% pour l'épargne.
Pas des dizaines de catégories. Pas de gestion à l'euro près. Le système s'adapte à la nature humaine.
La règle est flexible. Si vos charges fixes représentent 60% de vos revenus — ce qui arrive si vous avez de petits revenus — ajustez la répartition (60/25/15 par exemple).
Avoir trop de contraintes peut être contre-productif. Comme pour les régimes alimentaires. Enlevez toutes les gourmandises et vous ne tiendrez pas longtemps. On est programmés pour la récompense immédiate. Épargner, c'est lutter contre un instinct primaire : le plaisir instantané. C'est pourquoi automatiser son épargne est crucial.
Un cadre, pas une prison
La plupart des apps de budget reposent sur une logique par enveloppes, avec des catégories à n'en plus finir et des alertes dès qu'on dépasse un seuil. Pour beaucoup, c'est décourageant.
Ce qu'il faut, c'est juste un indicateur simple : est-ce que je fais bon usage de mon argent ? Un coup d'œil quotidien, c'est pas de comptabilité.
J'étais exactement dans ce cas. Aucun budget, une propension à procrastiner. Et comme je suis un peu geek (je travaille dans la tech), j'ai construit ma propre application financière, Cashbah, au service de ce système.
James Clear, dans Un rien peut tout changer, explique qu'une habitude tient si elle est facile et gratifiante. C'est exactement ce que je cherchais : un geste simple qui finit par devenir invisible.
Aujourd'hui j'épargne 40% de mon salaire. De 0 à 40% en quelques années.
Et vous ?
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