Je ne regarde plus tellement mes investissements. C'est peut-être le signe que j'ai compris quelque chose.
Chercher les meilleurs actifs, optimiser le rendement, grappiller des points de performance — tout ça m'ennuie maintenant. En tant que petit investisseur passif, je fais du 8 % par an. Maximum, si je suis investi à 100 % en actions.
J'en ai déjà parlé : peu de gens deviennent riches en investissant en bourse. Le vrai levier, c'est le revenu. Les compétences. L'entrepreneuriat.
Mais face à ce constat, la tentation est grande de forcer le destin. Du levier, un shitcoin, un thème qui fait le buzz. Diversifier dans des actifs alternatifs
qui promettent de battre le marché. J'ai exploré cette voie. J'en reviens.
La bourse est devenue pour certains l'équivalent moderne du casino. Et c'est là que la question se pose : quand on part de pas grand-chose, est-on condamné à jouer gros pour s'en sortir ?
La tentation du raccourci
Ce réflexe est documenté depuis des décennies. Plus le revenu est bas, plus la part du budget consacrée aux paris hasardeux est élevée.
En France, selon une étude de 2019 de l'Observatoire des inégalités, les joueurs issus des foyers les plus pauvres consacrent aux jeux d'argent une part de leur budget deux fois et demie plus élevée que les autres. Près de 60 % des joueurs problématiques avaient alors des revenus inférieurs à 1 100 euros par mois.
Même schéma avec les cryptomonnaies. Selon l'étude ADAN/KPMG de 2022, 37 % des investisseurs crypto déclarent moins de 18 000 euros de revenus annuels. Des jeunes, souvent modestes, qui espèrent un x10
sur un token découvert sur TikTok.
Le paradoxe saute aux yeux. Ceux qui ont le moins de marge sont ceux qui s'exposent le plus. La logique semble pourtant rationnelle : quand on part de très bas, on se dit qu'on n'a rien à perdre. Que seul un coup de chance peut changer la donne.
Je connais cette logique. Je l'ai vécue.
Risque compensé, risque non compensé
À 30 ans, j'ai monté une boîte sur un coup de tête avec un prêt de 10 000 €. Bien entendu, ça n'a pas marché et je l'ai payé pendant longtemps. À 35 ans, je me suis reconverti dans l'informatique. Ça a tout changé. Le premier était un pari. Le second, un investissement dans une compétence que le marché valorisait.
En finance, on appelle ça la différence entre risque compensé et risque non compensé.
- Risque compensé
- Celui pour lequel le marché vous rémunère. Investir en actions plutôt qu'en obligations, c'est accepter plus de volatilité en échange d'un rendement supérieur. L'espérance de gain est positive.
- Risque non compensé
- On s'expose aux aléas sans contrepartie. L'espérance est nulle ou négative.
Le Loto est l'exemple parfait du risque non compensé. Pour chaque euro misé, on peut espérer récupérer environ 50 centimes. Une chance sur 19 millions de toucher le jackpot. Mathématiquement, c'est une opération perdante. Toujours. Comme la spéculation sur un memecoin, ou monter une boîte sans plan ni compétences.
Le piège
Confondre prendre des risques
avec s'enrichir
, c'est le piège.
Les modestes qui jouent au Loto pensent faire ce qu'il faut pour changer leur situation. Ils prennent des risques, donc ils devraient être récompensés. Sauf que ce type de risque ne paie jamais. Il redistribue l'argent au hasard. À la fin, ce sont toujours les mêmes qui perdent.
Et même quand le miracle se produit, ça ne suffit pas. Selon une étude de l'université Vanderbilt, les gagnants de jackpots sont 50 % plus susceptibles de faire faillite dans les trois à cinq ans que les petits gagnants. L'argent gagné sans effort ne tient pas.
Les riches ont compris. Leur priorité n'est pas de maximiser le rendement. C'est de ne prendre que des risques compensés. Et surtout, d'investir dans ce qui rapporte vraiment : leurs compétences, leur réseau, leurs entreprises.
Alors, condamnés ?
Non.
Le Loto, la spéculation, tout miser sur le même cheval : ce sont des risques non compensés. Aucune espérance de gain. Un portefeuille diversifié sur le long terme, c'est du risque compensé. L'espérance de gain est positive. Mais ce n'est pas ça qui change une vie.
Le vrai levier, c'est l'investissement en soi. Se former, progresser, créer de la valeur, augmenter son revenu. C'est ce qui permet de sauter les échelons de la richesse.
Quant à la bourse, j'en tire une conclusion simple : inutile de chercher à battre le marché. Inutile de se disperser dans des alternatifs
hasardeux. Un portefeuille passif, 100 % actions, et de la patience. J'y reviendrai.
Et vous ?
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