L'Amour du risque. Vous vous rappelez de la célèbre série des années 80 avec Jonathan et Jennifer Hart ? Mais en investissement, le risque n'a rien de romanesque — c'est le prix à payer pour le rendement.
J'ai mis du temps à l'accepter. Longtemps, j'ai cru que bien investir, c'était éviter le risque. Aujourd'hui, je sais que l'inaction a aussi un coût : laisser son épargne dormir, c'est perdre du pouvoir d'achat chaque année.
Dans cet article, je détaille les différentes formes de risque, les outils pour les mesurer, et les approches que j'utilise pour construire un portefeuille cohérent.
Types de risques financiers
Risque spécifique vs risque systémique
On peut distinguer deux grandes familles de risques financiers :
- 1. Le risque spécifique (non compensé)
- Il concerne un actif en particulier : une entreprise en difficulté, une erreur de gestion, un secteur en crise. Ce risque peut être éliminé par la diversification — notamment via des ETF. Le marché ne rémunère pas ce risque : le prendre, c'est accepter de la volatilité sans espérance de gain supplémentaire.
- 2. Le risque systémique (compensé)
- Il touche l'ensemble du marché lors d'une crise financière, d'un conflit majeur ou d'une récession. Ce risque ne peut pas être éliminé, mais il est rémunéré : historiquement, les investisseurs qui acceptent la volatilité des actions obtiennent un rendement supérieur aux obligations. C'est la prime de risque.
Concrètement : détenir 100 % de son portefeuille en actions Total plutôt qu'un ETF monde expose à un risque spécifique (scandale, accident industriel, mauvaise gestion) sans prime de rendement supplémentaire. Le marché ne paie pas pour ce risque évitable.
La diversification n'est pas qu'une question de prudence : c'est une question de rationalité. L'objectif est de ne prendre que des risques compensés.
Risques financiers par type d'actif
| Type d'actif | Principaux risques | Facteurs d'influence |
|---|---|---|
| Obligations | Risque de défaut, risque de taux | Taux d'intérêt, notation de crédit |
| Actions | Volatilité, risque de marché | Résultats d'entreprise, économie globale |
| Immobilier | Illiquidité, risque de marché local | Taux d'intérêt, marché immobilier local |
| Matières premières | Volatilité élevée | Géopolitique, offre et demande |
| Liquidités | Risque d'inflation | Politique monétaire, inflation |
Autres risques subtils mais importants
- Le risque de stagnation de l'épargne : ne pas faire fructifier son épargne revient à perdre du pouvoir d'achat sur le long terme.
- L'impact de l'inflation sur le rendement réel : un rendement nominal de 3 % avec 2 % d'inflation ne rapporte en réalité que 1 %.
- Les biais cognitifs : nos décisions d'investissement sont souvent influencées par des facteurs émotionnels plutôt que rationnels.
- Le spread : cette différence entre le prix d'achat et de vente d'un actif, particulièrement important pour les ETF peu liquides, peut représenter un coût significatif, surtout pour les investissements à court terme. J'ai détaillé ce mécanisme dans mon article sur le spread des ETF.
Comment la finance mesure le risque
Une fois les différents types de risques identifiés, il reste une question essentielle : comment les mesurer ? Car s’il est impossible de tout prévoir, il est tout de même utile d’estimer l’ampleur des fluctuations possibles pour mieux calibrer ses décisions.
Les outils utilisés en finance pour cela sont nombreux, parfois complexes, mais ils partagent une limite commune : ils s’appuient sur des données historiques, dans un environnement par nature incertain. Ce ne sont donc pas des vérités absolues, mais des repères pour prendre du recul.
Le SRRI : une échelle de volatilité
Le SRRI (Synthetic Risk and Reward Indicator) est un indicateur imposé par la réglementation européenne pour les fonds d’investissement. Il note le niveau de risque sur une échelle de 1 (faible) à 7 (élevé), en fonction de la volatilité historique.
| Niveau SRRI | Niveau de risque | Volatilité annuelle |
|---|---|---|
| 1 | Très faible | 0-0.5% |
| 2 | Faible | 0.5-2% |
| 3 | Faible à modéré | 2-5% |
| 4 | Modéré | 5-10% |
| 5 | Modéré à élevé | 10-15% |
| 6 | Élevé | 15-25% |
| 7 | Très élevé | 25%+ |
La volatilité : l’outil le plus courant
La volatilité mesure les variations de prix d’un actif sur une période donnée. Plus un actif fluctue, plus sa volatilité est élevée, et plus il est considéré comme risqué.
Ses limites :
- Elle ne distingue pas les hausses des baisses : un actif qui grimpe fortement peut aussi afficher une forte volatilité.
- Elle ignore le ressenti émotionnel de l’investisseur face aux pertes, pourtant central dans la prise de décision.
- Elle reste un indicateur purement statistique, qui peut masquer la réalité concrète vécue sur les marchés.
Le Max Drawdown : la perte maximale enregistrée
Le max drawdown représente la plus forte baisse entre un sommet et un creux sur une période donnée. C’est un indicateur utile pour visualiser ce qu’un investisseur aurait réellement enduré lors d’une chute marquée.
Il ne dit rien sur la fréquence ou la durée des baisses, mais il donne un aperçu très concret du risque maximal observé jusqu’à présent.
Les ratios de performance ajustée du risque
Pour aller plus loin, la finance utilise des ratios comme :
-
Le ratio de Sharpe : il compare le rendement excédentaire d’un actif (par rapport au taux sans risque) à sa volatilité. Plus le ratio est élevé, plus l’investissement est considéré comme
efficace
en termes de couple rendement/risque.Limite : il considère toute volatilité, même celle à la hausse, comme négative.
-
Le ratio de Sortino : une variante plus fine, qui ne prend en compte que la volatilité à la baisse. Il correspond mieux à la réalité de la plupart des investisseurs, qui ne se plaignent pas quand leurs actifs montent!
Ces ratios sont utiles pour comparer différents placements, mais ils ne doivent jamais être l’unique critère. Un bon portefeuille ne se résume pas à une équation.
Penser portefeuille, pas actif isolé
Un actif peut paraître risqué s’il est analysé seul, mais parfaitement cohérent au sein d’un portefeuille diversifié. C’est un principe fondamental : ce qui compte, c’est l’ensemble, pas chaque ligne prise indépendamment.
Un portefeuille bien construit permet :
- d’amortir les chocs en combinant des actifs qui ne réagissent pas tous de la même manière ;
- de réduire les risques spécifiques, car les mauvaises performances d’un actif peuvent être compensées par la stabilité ou la progression d’un autre.
Décorrélation et bêta : deux piliers pour stabiliser un portefeuille
Comprendre la décorrélation
Deux actifs sont décorrélés lorsqu’ils évoluent de manière indépendante. C’est précisément ce que l’on recherche dans une stratégie de diversification. Par exemple, les actions et les obligations peuvent parfois évoluer en sens opposé, ce qui permet de lisser la performance globale du portefeuille.
Cette logique de complémentarité entre les actifs est l’une des meilleures protections contre l’instabilité des marchés.
Le bêta : mesurer la sensibilité au marché
Le bêta indique dans quelle proportion un actif suit les mouvements du marché :
- Un bêta de 1 signifie que l’actif évolue de façon identique au marché.
- Un bêta supérieur à 1 indique une plus grande volatilité : l’actif amplifie les mouvements du marché.
- Un bêta inférieur à 1 signifie que l’actif est plus stable.
- Un bêta négatif, plus rare, désigne un actif qui évolue dans le sens inverse du marché – un actif qui peut protéger le portefeuille en cas de chute.
Cet indicateur est utile pour ajuster la structure de son portefeuille en fonction de sa tolérance au risque, notamment en période d'incertitude.
Les primes de risque : pourquoi certains actifs rapportent plus
Un actif risqué ne rapporte pas plus par hasard. Les investisseurs exigent une compensation pour accepter l'incertitude. C'est ce qu'on appelle la prime de risque.
Dans mon cas, je retiens trois primes principales :
- Prime de marché : le supplément de rendement attendu pour investir en actions plutôt qu'en obligations d'État. Historiquement, environ 5–6 % par an. C'est la raison pour laquelle je reste exposé aux actions malgré la volatilité.
- Prime d'illiquidité : certains actifs sont difficiles à vendre rapidement (immobilier, SCPI). Cette contrainte justifie un rendement supplémentaire. C'est pourquoi j'accepte de bloquer une partie de mon capital en SCPI.
- Prime de crédit : prêter à des emprunteurs risqués (entreprises, pays émergents) implique un rendement plus élevé pour compenser le risque de défaut.
Ces primes s'ajoutent au taux sans risque. Quand ce taux monte (comme en 2022-2023), les exigences de rendement augmentent partout — et les valorisations baissent.
Le risque perçu vs le risque réel
L’un des pièges les plus fréquents pour l’investisseur est de surestimer sa tolérance au risque.
J'ai commencé à investir en mai 2022, en plein marasme post-Covid. Hausse des taux, guerre en Ukraine, marchés en baisse continue. Les mois suivants ont été éprouvants. J'ai douté, beaucoup. Mais je n'ai rien vendu — et j'ai compris que la tolérance au risque ne se mesure pas dans un questionnaire, mais dans les moments difficiles.
Il est facile de cocher "modéré" ou "dynamique" dans un questionnaire, ou d’affirmer en période calme :
"Une baisse de 30 % ? Aucun souci, je tiendrai bon."
Mais la réalité est souvent différente lorsque le portefeuille commence réellement à chuter. L’impact émotionnel peut être bien plus fort que prévu, et les réactions impulsives peuvent ruiner une stratégie construite avec soin.
La tolérance au risque est influencée par :
- sa situation personnelle (emploi, revenus, charges) ;
- son horizon d’investissement ;
- son expérience passée des marchés ;
- son état émotionnel au moment de la prise de décision.
C’est pourquoi il est essentiel de se poser régulièrement quelques questions simples :
- Jusqu’à quelle perte concrète (en euros, pas en pourcentage) suis-je capable de tenir sans vendre ?
- Comment ai-je réagi lors des précédents krachs ou corrections ?
- Mon allocation actuelle est-elle cohérente avec mes objectifs réels ?
Construire un portefeuille durable
La gestion du risque ne se résume pas à éviter les actifs volatils. Il s’agit avant tout de construire un portefeuille cohérent, capable de traverser les cycles économiques et de rester aligné avec les objectifs de l’investisseur.
Les grandes étapes d’une stratégie robuste
- Définir ses objectifs et son horizon de placement.
- Choisir des classes d’actifs complémentaires, en tenant compte de leur comportement historique.
- Comparer les rendements ajustés au risque, en privilégiant les ratios comme Sortino.
- Observer le comportement des actifs en période de crise, pour tester leur résilience.
- Équilibrer régulièrement le portefeuille (rebalancing), car certains actifs surperforment et modifient la répartition avec le temps.
L’objectif n’est pas de tout prévoir, mais de se préparer à différents scénarios, avec une stratégie claire, réaliste et maintenue dans le temps.
Ce que je retiens
Après plusieurs années d'investissement, ma relation au risque a changé. Au début, je cherchais à l'éviter. Aujourd'hui, je cherche à le comprendre et à le calibrer.
Trois leçons m'ont marqué :
- Ne prendre que des risques compensés. La diversification n'est pas une option, c'est une condition de rationalité.
- Connaître sa vraie tolérance. Pas celle du questionnaire, celle qui tient à 3h du matin quand le portefeuille chute.
- Rester investi. Le plus grand risque n'est pas la volatilité. C'est de vendre au pire moment — ou de ne jamais commencer.
Pour aller plus loin
- Actifs et risque pour comprendre les différents actifs et leur niveau de risque.
- Principes d'investissement en bourse pour apprendre les principes de base de l'investissement en bourse.
- Portfolio Visualizer est un outil puissant d'analyse de portefeuille et de backtest.
Et vous ?
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