Cashbah devient FI After 40 — journal d'un quadra en route vers l'indépendance financière… à la française.

ETF, promesse trahie ?

Un investisseur devant un écran rempli d'ETF, cherchant à distinguer le bon grain de l'ivraie

Quand j'ai commencé à investir en 2022, je ne connaissais rien à la finance. Mais je suis autodidacte — une compétence clé pour survivre dans la tech — et j'ai rapidement enchaîné les classiques : The Four Pillars of Investing, A Random Walk Down Wall Street, The Intelligent Investor, Winning the Loser's Game. Chaque livre menait au suivant.

Si on ne devait retenir qu'une chose de ces lectures : spéculer coûte cher, investir dans des fonds indiciels à bas coût et attendre rapporte. C'est toute la philosophie de ce blog, partagée par des millions d'investisseurs passifs.

Ces livres sont américains. Leurs auteurs parlent d'index funds, un véhicule qui n'existe pas sous cette forme en Europe. Ici, l'équivalent le plus accessible est l'ETF, aussi appelé tracker — parce qu'à l'origine, ces produits se contentaient de répliquer un indice.

Sauf que ces dernières années, une petite révolution insidieuse est en marche. Bogle voulait rendre l'investissement accessible et bon marché. Les gérants seraient-ils en train de détourner son invention ?

Un ETF est une enveloppe. On peut y mettre un indice large et peu coûteux, mais aussi une stratégie active, complexe et chère.

L’ETF a gagné

En Europe, les ETF ont attiré 337 milliards d’euros de collecte nette en 2025, pour un encours total qui dépasse 3 000 milliards de dollars. Les fonds actions passifs ont capté 227 milliards, tandis que les fonds actions actifs ont perdu 41 milliards, pour la quatrième année consécutive.

L’ETF s’est imposé parce qu’il est liquide, simple à distribuer et souvent moins cher que les fonds traditionnels. Mais ce succès a une contrepartie : l’industrie s’en sert pour emballer à peu près tout dans la même enveloppe.

Aux États-Unis, il y a désormais plus d’ETF cotés (~4 300) que d’actions (~4 200). En 2025, 83 % des nouveaux ETF lancés dans le monde étaient actifs. Le mouvement s'est accéléré ces deux dernières années, porté notamment par les conversions de fonds communs de placement (mutual funds) en ETF.

Le mot ETF ne dit donc presque rien sur la qualité du produit.

Nouvelle vague

Une nouvelle génération d’ETF promet le meilleur des deux mondes : le rendement sans le risque, le revenu sans la perte de hausse, surfer sur les thèmes de conviction pour capter les gains des prochaines révolutions technologiques. Mais There is no free lunch comme disent les investisseurs américains — chacun de ces produits a un coût invisible.

Les ETF thématiques

Les ETF thématiques se vendent sur un narratif de comptoir de café : intelligence artificielle, cybersécurité, défense, eau, métavers, cannabis, robotique.

Mais ces produits arrivent généralement trop tard quand la smart money a déjà pris ses gains. Selon Morningstar, 55 % des fonds thématiques créés au cours des 15 dernières années ont fermé, et en 2024, plus de 70 % ont sous-performé le S&P 500. Les valorisations sont élevées au moment où l’investisseur entre, souvent sous l’effet du FOMO.

Un ETF thématique peut croître pendant un temps, mais ça revient à parier sur le timing d’un secteur plutôt qu’à construire une allocation diversifiée qui traverse les cycles économiques.

Les ETF covered calls

Les ETF covered calls promettent un revenu régulier, souvent mensuel, en vendant des options sur le portefeuille.

En échange de ce revenu, on renonce à une partie de la hausse. Sur 10 ans, le Cboe S&P 500 BuyWrite Index a capté 84 % de la baisse du S&P 500, mais seulement 65 % de sa hausse. En 2024, le JPMorgan Equity Premium ETF (JEPI) a gagné environ 18 %, contre 36 % pour le S&P 500.

La plupart des acheteurs pensent ajouter du revenu sans contrepartie, mais la perte de hausse est bien réelle — simplement moins visible qu’un frais de gestion.

Les ETF buffer

Les ETF buffer promettent de limiter les pertes jusqu’à un certain seuil, en échange d’un plafond sur les gains.

La protection ne couvre qu’une tranche de pertes (par exemple les 10 premiers pourcents) et s’applique sur une période définie, souvent 12 mois. Le buffer et le cap annoncés ne valent que pour un achat au premier jour de la période : si on entre en cours de route, les deux se recalculent en fonction du prix d’entrée, et la protection réelle peut être bien inférieure à celle affichée. Si le marché chute au-delà du seuil protégé, on subit le reste de la baisse sans amortissement, tout en restant plafonné à la hausse.

Une allocation classique actions-obligations répond au même besoin avec moins de complexité.

Les ETF à levier sur action unique

Bogle doit se retourner dans sa tombe. On ne peut pas trouver plus éloigné de la philosophie passive.

Ces produits promettent 2x ou 3x la performance d’une seule action, comme Tesla ou Nvidia. Mais ce multiple se réinitialise chaque jour (daily reset). Avec les rebalancements quotidiens, le résultat sur plusieurs semaines peut s’écarter fortement de la valeur du sous-jacent, surtout quand le titre est volatil — c’est de la spéculation pure et simple.

Tous les indices ne se valent pas

Un ETF, au sens passif du terme, suit mécaniquement un indice. C’est cette simplicité qui explique des frais réduits. Encore faut-il savoir quel type d’indice se cache derrière le produit.

Les indices indépendants (MSCI, FTSE, S&P Dow Jones) reposent sur des règles publiques et une méthodologie documentée. Aux États-Unis, environ 95 % des encours en ETF sont concentrés sur cinq fournisseurs de ce type, qui ne sont pas eux-mêmes émetteurs d’ETF.

Environ 20 % des ETF suivent un indice propriétaire, créé par l’émetteur pour un produit précis. Selon une étude d’Oxford (Index Disruption), ces ETF affichent des frais 12 à 14 % plus élevés que leurs équivalents sur indices publics, sans différence de performance significative. La plupart des ETF thématiques entrent dans cette catégorie.

Les indices smart beta promettent de capturer des facteurs de performance (value, momentum, qualité) via des règles quantitatives. Les backtests affichent environ 2,8 % de surperformance annuelle. Une fois le produit lancé, elle tombe à −0,4 % en moyenne, selon une étude du Journal of Financial and Quantitative Analysis (2024) qui parle de smart beta mirage.

Les indices composites combinent actions et obligations dans une allocation prédéfinie (60/40, 80/20, etc.). C’est le principe du fonds diversifié, dans un format ETF.

Comment reconnaître un bon ETF

J’ai détaillé ailleurs comment sélectionner un ETF. Les critères de base tiennent en quatre points.

Le premier est l’indice. S’il est large, ancien, compréhensible et géré par un fournisseur indépendant, c’est bon signe. MSCI World ou FTSE All-World reposent sur une logique simple : exposition large, règles claires, zéro narration opportuniste.

Viennent ensuite les frais. Plus ils sont bas, mieux c’est. À long terme, ils passent inaperçus, mais amputent le rendement année après année.

L’encours compte aussi. Un ETF trop petit a davantage de risque d’être fermé. Rien de dramatique, mais c’est une friction inutile : il faut réinvestir, payer un nouveau spread et parfois gérer une conséquence fiscale selon l’enveloppe.

Dernier critère, rarement regardé : la date de lancement. Quand un ETF apparaît pile au moment où un thème fait la une, il faut se demander s’il répond à un vrai besoin ou s’il capitalise sur un effet de FOMO.

Dans la plupart des cas, un seul ETF suffit

Un MSCI World donne accès à environ 1 400 grandes et moyennes entreprises des pays développés. Un FTSE All-World va plus loin en ajoutant les marchés émergents. On ajuste ensuite le risque avec une poche obligataire, du cash ou un horizon plus long.

Plus une stratégie devient complexe, plus il faut se demander à qui cette complexité profite.

J'ai détaillé cette approche dans la méthode la plus simple pour investir.

Revenir aux fondamentaux

En mode comme en investissement, les tendances passent. Les intemporels restent. Un indice large, des frais bas, un horizon long : c’est tout ce qu’il faut pour construire un patrimoine. Pas besoin d’un nouveau packaging chaque année.

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