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Localisation des actifs : où placer son épargne compte autant que comment l'investir

Un homme se dirige vers une banque en Suisse, symbolisant la localisation des actifs

On parle beaucoup d'allocation d'actifs : combien en actions, combien en obligations, combien en immobilier. C'est le premier réflexe de tout investisseur. Mais il existe un deuxième levier, souvent négligé : la localisation des actifs.

La localisation (asset location en anglais), c'est le choix de l'enveloppe dans laquelle on place chaque investissement. En France, on dispose de plusieurs enveloppes fiscales : PEA, assurance-vie, PER, compte-titres ordinaire. Chacune a ses règles et sa fiscalité. Placer le bon actif dans la bonne enveloppe peut représenter plusieurs points de rendement sur le long terme.

L'allocation répond à quoi acheter ?. La localisation répond à où le mettre ?. Les deux fonctionnent ensemble : l'allocation définit le portefeuille, la localisation l'optimise fiscalement.

Trois types d'enveloppes

Pour comprendre la logique, il faut distinguer les enveloppes selon le moment où l'impôt s'applique.

Pré-impôt : le PER

On verse de l'argent non imposé. Les versements sont déduits du revenu imposable : l'État nous prête sa part d'impôt pendant la durée du placement. Un contribuable à 30% qui verse 10 000 € économise 3 000 € immédiatement. À la retraite, le capital sera imposé au barème en vigueur.

L'intérêt : faire grossir un capital plus important pendant des décennies. Le risque : si la fiscalité durcit ou si on reste dans la même tranche à la retraite, l'avantage s'évapore.

Pour un salarié, la déduction peut aller jusqu'à 10% des revenus professionnels, plafonnée à environ 37 000 € par an. L'épargne est bloquée jusqu'à la retraite, sauf exceptions comme l'achat de la résidence principale.

Post-impôt avec avantage : le PEA et l'assurance-vie

On verse de l'argent déjà imposé, mais les gains bénéficient d'un traitement fiscal favorable à la sortie.

Le PEA est exonéré d'IR après 5 ans. On ne paie que les prélèvements sociaux de 17,2%. Il est limité aux actions européennes et certains ETF éligibles, avec un plafond de 150 000 €. C'est l'enveloppe la plus efficace fiscalement pour les actions. Attention aux frais : les banques traditionnelles facturent souvent des droits de garde élevés qui grignotent l'avantage fiscal.

L'assurance-vie devient avantageuse après 8 ans grâce à un abattement annuel sur les gains : 4 600 € pour une personne seule, 9 200 € pour un couple. En dessous, pas d'IR. L'enveloppe est idéale pour le revenu fixe : les intérêts obligataires, normalement taxés chaque année, capitalisent ici sans frottement fiscal. On peut aussi y loger des fonds euros, des actions, de l'immobilier via SCPI. Son autre atout : la transmission. Les capitaux versés avant 70 ans bénéficient d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, hors succession.

Taxable : le compte-titres ordinaire

Le CTO n'offre aucun avantage fiscal. Chaque dividende, chaque plus-value est soumis au prélèvement forfaitaire de 30%.

Son intérêt : la liberté totale. Aucun plafond, aucune contrainte, accès à tous les marchés. C'est le seul moyen d'acheter des actions américaines en direct.

Le PEA n'est pas toujours la meilleure option

Sur le papier, le PEA est l'enveloppe reine pour les actions. Pour la plupart des investisseurs français, c'est effectivement le bon choix. Mais l'enveloppe a ses limites.

Le choix d'actifs est restreint : actions européennes et certains ETF éligibles uniquement. Pas d'accès direct aux small caps américaines par exemple. Les ETF éligibles sont souvent synthétiques — ils répliquent l'indice via des swaps plutôt qu'en détenant les actions.

Un investisseur qui fait du DCA mensuel avec des sommes modestes se heurte aussi à un problème pratique : pas de fractionnement sur PEA. Quand un ETF World coûte 500 € la part, impossible d'investir 200 € par mois régulièrement. Une ordonnance était prévue pour autoriser le fractionnement en 2025, mais elle n'est toujours pas passée. Si ça change, j'envisagerai de basculer sur un PEA.

Dans mon cas, j'ai fait un autre choix : un CTO chez un courtier étranger avec des ETF capitalisants. Je perds l'avantage fiscal du PEA, mais je gagne en flexibilité, en choix de produits et en fractionnement. C'est un arbitrage personnel, pas une recommandation.

Les limites à garder en tête

La fiscalité évolue. Le PFU à 30% n'existait pas il y a dix ans. Les règles peuvent changer.

Les plafonds contraignent. Avec 150 000 € maximum en PEA, un patrimoine important déborde forcément sur d'autres enveloppes.

Les frais comptent. Une assurance-vie à 1% de frais annuels peut annuler l'avantage fiscal par rapport à un CTO avec des ETF à 0,2%.

Et surtout : les avantages fiscaux ne sont jamais des cadeaux. Le PEA oriente l'épargne vers les entreprises européennes. L'assurance-vie finance les assureurs et la dette française. Le PER repousse le problème des retraites. Ces dispositifs servent une politique publique avant de servir l'épargnant.

Une niche fiscale peut disparaître si elle ne remplit plus son objectif. On l'a vu avec l'assurance-vie, durcie plusieurs fois en vingt ans. Construire sa stratégie uniquement autour des avantages fiscaux, c'est parier que les règles ne changeront pas.

Mieux vaut une allocation solide dans des enveloppes imparfaites qu'une usine à gaz optimisée pour un cadre fiscal qui n'existera peut-être plus dans dix ans.

Quelques ressources utiles

Le concept d'asset location est bien documenté dans la littérature financière américaine. Les enveloppes diffèrent (IRA, 401k, Roth vs PEA, assurance-vie, PER), mais la logique reste la même : optimiser le placement de chaque actif selon son traitement fiscal.

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